webleads-tracker

Les archives et les œuvres de l'esprit | Spark Archives

Les archives et les œuvres de l'esprit

Nous ouvrons une petite parenthèse dans le blog de Spark Archives pour s’orienter vers d’autres horizons. En effet, il est souvent ici question de fonctionnalités, de sécurité, de normes, de gouvernance, de documents papier et électroniques toujours en lien avec les archives. Mais voilà,avec tous ces aspects de gouvernance et de gestion, on aurait presque tendance à oublier que les archives sont aussi des matériaux vivants, sources pour l’histoire, bien sûr, mais aussi source d’inspiration de nombreuses œuvres de l’esprit.

A ce titre, nous souhaitions partager avec vous quelques exemples de ces œuvres de l’esprit qui reprennent ou utilisent les archives, oeuvres liées au domaine littéraire et plus particulièrement aux bandes dessinées et aux romans.

Bande dessinée et archives

Concernant ce 9ème art comme il est souvent nommé, deux bandes dessinées pour lesquelles les archives ont joué un rôle important nous ont enthousiasmé.

Les esclaves oubliés de Tromelin

Le pitch (un évènement historique réel) est simple : en 1761, un capitaine de navire part de l’île de France (alias l’île Maurice) en direction de Madagascar et va enfreindre l’ordre du gouverneur en décidant d’embarquer 160 esclaves pour les revendre et ainsi faire une belle plus-value… Pour échapper aux contrôles, le capitaine ne suit pas les routes empruntées d’habitude et va passer à côté d’une île de sable, répertoriée dès 1722 mais à deux emplacements différents. Son navire va malheureusement heurter le récif qui entoure l’ile de sable et s’y échoue.

Des naufragés blancs sous les ordres du Lieutenant Castellan du Vernet parviennent alors à construire une embarcation avec les restes du bateau échoué, et embarquent pour échapper à l’îlot, laissant derrière eux 80 malgaches (70 sont déjà morts) sur place alors même que ces derniers les ont aidés à la construction de l’embarcation… On leur promet de revenir les chercher…

Parvenus à destination, les naufragés cherchent à sauver les survivants restés sur l’îlot, mais cela leur est refusé par la Compagnie des Indes.

Il faudra attendre 15 ans pour que les survivants soient sauvés ; ils ne sont plus alors que 7 femmes et un bébé.

Dans les archives nationales de l’île Maurice a été consulté l’acte de baptême du nouveau-né, par lequel nous connaissons le nom de sa mère. On retrouve des traces de cet incroyable évènement dans les journaux de l’époque publié en 1777, abordé par deux auteurs, l’abbé Pingré et Bernardin de Saint-Pierre dans Voyage à l’île de France en 1773 et ce sera ce drame qui inspirera Condorcet dans sa rédaction de Réflexions sur l’esclavage des nègres publié en 1781 puis repris par l’abbé Rochon en 1791.

Il faudra attendre 2006, soit 245 années après le drame pour que les premières fouilles soient lancés et que l’on arrive petit à petit à reconstituer l’histoire de ces esclaves laissés pour compte sur un îlot sans vie, sans rien, livré aux éléments.

Quel périple et quelle aventure, quelle déception et quelles difficultés ont pu vivre, surmonter, ces êtres humains. Autant d’éléments qui ne nous seraient pas parvenus si des documents devenus archives concernant cette période, cette histoire, n’avaient pas été établis et conservés dans des conditions nous permettant aujourd’hui à travers un nouveau prisme de comprendre et retracer tout ce qui s’est passé presque comme si l’on y était…

Voilà un exemple que je vous invite à lire et pour ceux qui sont sur Paris, vous pouvez voir l’exposition correspondante au Musée de l’homme. Mais hâtez-vous ! l’exposition dure jusqu’au 4 juin 2019 prochain….

Des liens pour approfondir :

Sauvage

Une couverture qui vous intrigue, le hasard des podcasts, toujours de qualité, proposés par France culture et vous voilà plongé dans la vie de Marie-Angélique Memmie Leblanc (1712-1775) également appelé la fille sauvage de Songy en son temps.

Alors de quoi s’agit-il ? Eh bien de la découverte à Chalons-Champagne et Songy aux environs de 1720 d’une jeune fille qui aurait dans les dix ans, et qui vivrait dans les bois. Une jeune sauvage qui sort de nulle part et qui va être recueillie, lavée, soignée, baptisée, éduquée. Elle vivra d’ailleurs une vie assez riche, tant son parcours lui permettra de côtoyer d’illustres personnages tel Voltaire, Buffon, et quelques reines d’Europe.  

Elle est par ailleurs la seule enfant sauvage (dont la découverte est recensée dans les archives) qui a été en capacité d’être sociabilisée totalement après sa « découverte ».

Cette jeune fille cristallisait à son époque tous les fantasmes et toutes les peurs : on n’essayait pas forcément de comprendre son passé et comment elle était arrivée là, on se focalisait sur le fait de la sauver (par Dieu), de l’éduquer, de la civiliser…

On pourra d’ailleurs lire une partie de l’introduction d’Erin Phyllis Fairweather[1] qui explique d’où vient cette fascination.  :

« L’enfant sauvage, défini dans les dictionnaires et encyclopédies du 18e siècle, comme un individu privé de la société humaine durant son enfance, fut représenté dans de nouveaux récits à la fin du 18e siècle selon une oscillation entre deux modèles : l’ange et la bête.

L’intérêt pour l’enfant sauvage suit le même trajet que la pensée des Lumières, de l’étude de l’homme de la nature, le « bon sauvage », au questionnement de la notion d’humanité. D’abord présenté dans sa relation à Dieu dans la littérature, dans la mythologie et dans la philosophie la proximité avec Dieu venant de la proximité avec la nature, ou, tout au contraire l’éloignement de la communauté chrétienne amenant l’éloignement de Dieu, l’enfant sauvage devait pour certains en arriver à représenter l’humanité d’avant la civilisation, d’avant la corruption de la société ou bien d’avant la rédemption de la bestialité première par la religion et la discipline.

Pour certains théologiens chrétiens, l’enfant sauvage n’était pas une personne : il montrait tantôt « la misère de l’homme sans Dieu» tantôt la «Grâce » de Dieu, qui peut toucher tout être, jusqu’au plus improbable, voire le plus éloigné de l’être humain.

Pour le philosophe, au contraire, l’enfant de la nature devait représenter l’inné chez l’être humain, l’homme tel qu’il fut créé, par Dieu, ou tel qu’il apparut, sans Dieu, hors de toute influence ou formation par un milieu familial ou social.

En effet, avec l’arrivée des Lumières, la pensée se détourne de la religion vers la science pour trouver des réponses : Charles Taylor résume ce mouvement général par le terme « sécularisation », mais on pourrait également trouver chez Jonathan Israel la mention plus que fréquente de ce déplacement des champs du savoir : la raison doit remplacer méthodiquement la croyance, et surtout le dogme.

A la fin du 18e siècle, ces enfants qu’on trouve abandonnés, isolés dans les bois, ne sont plus considérés comme des êtres élus, distingués par un don de Dieu, ou par la nature à son état pur : on y reconnaît désormais non plus des exemples édifiants mais des cas d’étude pour la définition de l’humanité, ainsi que des individus souffrant d’une pathologie qu’il faut guérir. Ces enfants sont, de fait, rejetés de l’humanité dans ses nouvelles définitions, qui incluent la culture et l’acquisition des savoirs, considérés comme des bêtes qu’on doit éduquer, socialiser, humaniser. Ils sont chassés et « réformés ». »

Et de fait, « L’optimisme vient du fait de penser que, sauf exception, un jeune être n’est jamais irrécupérable, il n’est jamais complètement perdu, pour l’éducation. En tout cas, on peut vouloir le croire, et Marie-Angélique nous permet de vouloir le penser ». Anne Richardot

Et plus encore de noter : « Elle est tout ça à la fois : elle est l’humanité pure et crue et barbare qui semble surgir d’un monde archaïque, et la sauvage lointaine. On cherche vraiment à ce moment-là, les frontières, on cherche où passe la limite entre l’humain et le non-humain, et bien sûr le langage est un point fondamental ». Déborah Lévy-Bertherat

Bref, il faut sauver Marie-Angélique !!

On écrira même un livre sur son histoire en 1755 qui est disponible sur Gallica : Histoire d'une jeune fille sauvage, trouvée dans les bois à l'âge de dix ans par Marie-Catherine Hecquet

Après son décès en 1775, on oublie celle-ci jusqu’à la fin du XXème siècle où c’est grâce au travail de recherche de Serge Aroles que que nous la redécouvrons ; car il a pu à force d’acharnement, reconstruire, retrouver sa trace perdue et reprendre le parcours qui était le sien avant son arrivée à Songy.

Et quelle vie que la sienne qui en a in fine vécue plusieurs : inuit, indienne Sioux, au Labrador, à Marseille lors de la grande Peste, sa rencontre avec une éthiopienne,… autant d’éléments qui ont pu être mis bout à bout à travers des documents d’archives.

Des exemples d’archives :

  • Enquête de police au sujet de la mort subite de Marie-Angélique Memmie Leblanc. Archives nationales, série Y, carton 14470, 15 décembre 1775.

  • Acte de baptême falsifié en 1732

Des liens pour approfondir :

France culture :

Conclusion

J’espère que ces quelques lignes vous auront donné envie d’aller plus loin et de découvrir des univers cachés, le dessous des cartes où passé et avenir se mêlent et s’entrecroisent et où un nouveau souffle, de nouvelles perspectives peuvent s’afficher, s’épanouir et évidemment l’importance primordiale qui doit être accordée aux archives, à ce patrimoine informationnel qui est pour nous et les générations à venir.

Herwann Perrin, Responsable Produit Spark Archives.
Publié le 23 mai 2019

 

 


[1] L’Enfant sauvage : entre l’ange et la bête. De nouveaux récits d’enfance au 18e siècle par Erin Phyllis Fairweather : https://dspace.library.uvic.ca/bitstream/handle/1828/4238/Fairweather_Erin_MA_2012.pdf?sequence=3&isAllowed=y

 

Nous contacter

Adresse :
La Boursidière
92350 Le Plessis-Robinson
 
Téléphone :
+33 (0)1 46 29 25 25
e-mail icon
Twitter icon
Facebook icon
Google icon
LinkedIn icon

Spark Archives, une solution éditée par KLEE GROUP

Contact

Spark Archives
La Boursidière
92350 Le Plessis-Robinson

+33 (0)1 46 29 25 25

sparkarchives@kleegroup.com

Nous rejoindre

Découvrez nos offres de stages et nos offres d'emploi et postulez en ligne !

Nous suivre